L’itinérance chez les personnes 2ELGBTQIA+
An English version of this blog post is available here.
Je rédige un manuel à libre accès sur l’itinérance et je viens de publier le chapitre 11 qui se concentre sur l’itinérance vécue par les personnes 2ELGBTQIA+. La version PDF du chapitre au complet est disponible ici [en anglais seulement].
Voici dix points à retenir :
1. 2ELGBTQIA+ est un acronyme. Il représente les personnes bispirituelles, lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queers/en questionnement, intersexuées, asexuelles et autres orientations sexuelles et identités de genre (le « 2S » représentant « bispirituel » afin de reconnaître les différences au sein des communautés autochtones).
2. Les personnes 2ELGBTQIA+ font face à une discrimination considérable et sont à risque d’itinérance. Par conséquent, elles sont surreprésentées parmi la population sans-abri, et l’importance de ce phénomène est habituellement sous-estimée.
3. Le rejet de la famille basé sur l’identité qui advient lorsqu’une jeune personne révèle son identité 2ELGBTQIA+ est la cause principale de l’itinérance chez les jeunes 2ELGBTQIA+. Cela peut entraîner une baisse de l’estime de soi, la dépression, l’anxiété, le syndrome de stress post-traumatique, la consommation de substances illicites, des comportements sexuels risqués, voire même le suicide. Dans certains cas, la famille cesse soudainement d’être un lieu de soutien ou de refuge. De plus, les jeunes peuvent être pris en charge par les services de la protection de l’enfance.
4. L’implication dans la protection de l’enfance, ce qui comprend les placements en famille d’accueil et en foyer de groupe, n’est pas toujours une expérience positive et peut elle-même entraîner des traumatismes. Il est bien reconnu que la transition entre la protection de l’enfance et la vie indépendante peut être très éprouvante et mener à l’itinérance chez les jeunes.
5. Les propriétaires privés peuvent être sélectifs lorsqu’ils choisissent leurs locataires, et les propriétaires homophobes et transphobes seront moins enclins à louer à un locataire qu’ils perçoivent comme queer ou transgenre. Cela représente un défi particulièrement considérable lorsque le taux de vacance des logements locatifs est faible au niveau local. Une étude américaine importante menée dans 50 zones métropolitaines a constaté que « les couples de même sexe reçoivent beaucoup moins de réponses à leurs demandes par courriel concernant les logements à louer que les couples hétérosexuels ».
6. Les relations sociales de certains individus 2ELGBTQIA+ subissent un impact négatif lorsqu’ils affirment leur orientation sexuelle. Dans certains cas, un ami qui était une source de force et de soutien depuis des années cessera de remplir ce rôle. Les expériences de stigmatisation peuvent aussi aller au-delà des relations personnelles; certaines personnes 2ELGBTQIA+ doivent faire face à du harcèlement et de la discrimination au sein de leur propre quartier ou communauté.
7. Face à la discrimination—venant des employeurs, des collègues, de la famille et des amis—les personnes 2ELGBTQIA+ ont souvent des difficultés sur le marché du travail et au niveau des soutiens sociaux. La situation est encore plus compliquée par le fait qu’elles n’ont pas d’adresse stable ou fixe, ce qui rend difficile l’obtention d’un emploi officiel. De plus, le fait de ne pas disposer d’une pièce d’identité délivrée par le gouvernement qui corresponde à l’apparence physique ou au nom utilisé par la personne est une autre difficulté supplémentaire que peuvent rencontrer les personnes transgenres et de diverses identités de genre. Dans certains cas, cela peut conduire à la prostitution de survie.
8. En général, les refuges d’urgence proposent des espaces réservés aux femmes et aux homme (ainsi que des toilettes et des couches séparées). Même beaucoup des membres du personnel bien intentionnés peuvent être inconscients de la dynamique qui existe entre les résidents, ce qui signifie que certains clients subissent de la discrimination à la fois de la part du personnel et des autres résidents. Le fait de prendre une douche ou de simplement utiliser les toilettes peut présenter certains risques de sécurité.
9. Les refuges desservis par et pour les personnes 2ELGBTQIA+ sont très importants, peut-être plus particulièrement pour les personnes non binaires et non conformes au genre. Étant donné que la plupart des refuges d’urgence ont surtout tendance à se concentrer sur l’accès le soir et la nuit, des espaces inclusifs doivent également être proposés durant la journée. Les établissements de jour pourraient se concentrer davantage sur la programmation (p. ex., recherche de logements, défense des droits en matière d’aide au revenu, aide à l’emploi et orientation vers d’autres services d’aide disponibles dans la communauté locale).
10. Les initiatives dirigées par des pairs jouent un rôle important. Les communautés de soutien créées de manière organique sont essentielles (p. ex., les personnes transgenres aidant les personnes transgenres). L’aide mutuelle doit être reconnue et célébrée. Les groupes devraient pouvoir se rassembler pour pouvoir partager leurs expériences.
En résumé. Ceci est un sommaire du chapitre 11 d’un manuel interdisciplinaire à libre accès rédigé par un seul auteur et ayant pour objectif de fournir une introduction à l’itinérance pour les étudiants, les prestataires de services, les chercheurs, les décideurs politiques et les défenseurs. Tout le matériel de ce livre est disponible gratuitement ici. Les nouveaux chapitres seront téléchargés au fur et à mesure qu’ils seront complétés tout au long de l’année.
Je tiens à remercier Jenny Morrow et Annick Torfs pour leur aide dans la préparation de ce billet de blogue.
