Les effets à long terme de la récession de la COVID-19 sur le sans-abrisme au Canada
Les effets à long terme de la récession de la COVID-19 sur le sans-abrisme au Canada
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Jâai rĂ©digĂ© un rapport pour Emploi et DĂ©veloppement social Canada qui prĂ©sente les impacts les plus probables de la rĂ©cession actuelle sur le sans-abrisme. Le rapport complet est disponible (en  anglais) ici.
Voici 10 choses Ă savoir Ă ce sujet.
- La rĂ©cession actuelle risque de contribuer au sans-abrisme au Canada, mais plusieurs facteurs influenceront son ampleur. Parmi ceux-ci : le ressentiment des effets de la rĂ©cession pourrait prendre jusquâĂ cinq ans; les nombreux inconnus Ă lâhorizon (par exemple, de potentielles vagues subsĂ©quentes de la pandĂ©mie, le dĂ©veloppement dâun vaccin, la nature de futures prestations); les variantes dĂ©mographiques dâune communautĂ© Ă lâautre (notamment en ce qui concerne le marchĂ© du travail et le marchĂ© immobilier).
- Lâeffet de dĂ©calage de cinq ans sâexplique en partie par la lutte pour Ă©viter de perdre leur logement. Lorsque les mĂ©nages affronteront une perte de revenu ou dâemploi, ils pourraient tenter de nĂ©gocier des arriĂ©rĂ©s de loyer avec le propriĂ©taire de leur domicile; ils pourraient aussi emprunter de lâargent Ă des amis ou Ă dâautres membres de leur famille. Ils pourraient tenter dâemmĂ©nager avec des amis, de la famille, ou dans un logement plus abordable. Le systĂšme de bienĂȘtre social canadien a Ă©galement pour effet de retarder les effets de la rĂ©cession. Par exemple, les prestations dâassurance emploi (et plus rĂ©cemment la Prestation dâurgence canadienne) peuvent attĂ©nuer les effets dâune perte dâemploi, aidant ainsi les mĂ©nages Ă maintenir leurs logements. MĂȘme si elle est moins gĂ©nĂ©reuse, lâassurance sociale peut Ă©galement contribuer Ă retarder le sans-abrisme.
- Lâeffet de dĂ©calage donne aussi la chance aux paliers gouvernementaux supĂ©rieurs de prĂ©voir des initiatives contre le sans-abrisme. Puisquâil pourrait prendre encore quelques annĂ©es pour que lâon perçoive la croissance du sans-abrisme dĂ» Ă la rĂ©cession actuelle, il y a suffisamment de temps pour concevoir, implanter et observer les retombĂ©es de nouvelles mesures prĂ©ventives. Ces nouvelles mesures pourraient cibler des mĂ©nages qui risquent de perdre leur logement, ou qui sont nouvellement sans-abris.[1]Â
- Lâimpact de la rĂ©cession variera dâune communautĂ© Ă lâautre Ă travers le pays. LâĂ©tat des marchĂ©s immobiliers, des systĂšmes dâaide financiĂšre, et de la planification du sans-abrisme varie Ă travers le Canada. De plus, les trajets des sans-abris migrant Ă travers le pays seront difficiles Ă prĂ©voir au cours des prochaines annĂ©es. ConsĂ©quemment, il sera difficile de prĂ©voir dans quelles communautĂ©s et Ă quel moment surviendra lâaugmentation du sans-abrisme. Nous savons par contre que les personnes les plus affectĂ©es par la rĂ©cession de la COVID-19 sont : les jeunes, les femmes, les personnes cĂ©libataires et les personnes sans diplĂŽme dâĂ©tudes secondaires.
- Afin de tenir compte des nombreux facteurs en jeu, les fonctionnaires doivent surveiller une variĂ©tĂ© dâindicateurs. Le rapport recommande Ă EDSC de tenir compte des indicateurs suivants tout au long de la rĂ©cession : le taux de chĂŽmage officiel, la proportion de Canadiens qui tombent sous la Mesure axĂ©e sur les conditions du marchĂ© (surtout ceux qui tombent sous le seuil de 75%)[2]; les taux dâaide sociale; le cout mĂ©dian des loyers; le taux dâinoccupation des loyers; la proportion de mĂ©nages qui consacre plus de 50% de leur revenu sur l’habitation; les expulsions; et le taux dâoccupation quotidien des refuges dâurgence.
- Il faudra faire preuve de nuances avec ces donnĂ©es. Autant que possible, il faudra surveiller lâĂ©volution de ces indicateurs depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie, ainsi quâĂ travers les diffĂ©rentes rĂ©gions et groupes dĂ©mographiques prĂ©cis (par exemple les femmes, les jeunes, les Autochtones, etc.)
- Le rapport recommande au gouvernement fĂ©dĂ©ral dâamĂ©liorer lâAllocation canadienne pour le logement (ACL). Cette prestation offre une aide financiĂšre aux foyers Ă faible revenu afin de payer leur loyer. Il est prĂ©vu que la moitiĂ© de cet argent proviendra du gouvernement fĂ©dĂ©ral, et que lâautre moitiĂ© proviendra des gouvernements provinciaux et territoriaux. LâACL devait ĂȘtre lancĂ©e le 1er avril 2020, cependant, il nây a que cinq provinces qui ont signĂ© lâentente. Le gouvernement fĂ©dĂ©ral pourrait augmenter son apport Ă lâACL afin dâencourager le restant des provinces et territoires Ă en faire autant. Par exemple, le gouvernement fĂ©dĂ©ral pourrait offrir dâassurer les deux tiers ou les trois quarts des couts.
- Le rapport recommande Ă©galement que le gouvernement fĂ©dĂ©ral fasse preuve de souplesse quant au recouvrement des montants excĂ©dentaires de la Prestation canadienne dâurgence (PUC) versĂ©s aux prestataires dâaide sociale. Il est nĂ©cessaire de souligner ce point vu la confusion considĂ©rable entourant le lancement de la PUC. Une telle approche pourrait comprendre un recouvrement partiel chez ces individus (par lâentremise du systĂšme dâimpĂŽts), et une amnistie totale devrait ĂȘtre considĂ©rĂ©e dans certains cas.Â
- Le rapport recommande quâEDSC mette sur pied une nouvelle source de financement pour le programme Vers un chez-soi (le vĂ©hicule principal par lequel le gouvernement fĂ©dĂ©ral lutte contre le sans-abrisme). Le rapport aborde la rĂ©ussite dâeffets prĂ©ventifs aux Ătats-Unis Ă la suite de la rĂ©cession de 2008-2009, et encourage EDSC Ă mettre sur pied un programme semblable au Canada. Le programme pourrait mettre de lâavant une aide financiĂšre de courte-durĂ©e pour les mĂ©nages qui sont Ă risque de perdre leur logement, en train de le perdre, ou qui lâont perdu rĂ©cemment. Les cibles pourraient Ă©voluer au fil du temps, Ă la lumiĂšre de changements survenant dans les indicateurs mentionnĂ©s prĂ©cĂ©demment (taux de chĂŽmage officiel, proportion des gens avec des revenus infĂ©rieurs Ă la Mesure axĂ©e sur les conditions du marchĂ©, etc.).
- Le rapport propose des changements politiques que pourraient entamer les gouvernements provinciaux et territoriaux. Ceux-ci comprennent une augmentation des prestations dâaide sociale, de rĂ©tablir lâadmissibilitĂ© des gens disqualifiĂ©s de lâaide sociale Ă cause de la PUC, et encourager les refuges dâurgence Ă prioriser les solutions basĂ©es sur le logement.
En rĂ©sumĂ©, puisque nous sommes conscients que le sans-abrisme risque dâaugmenter au Canada en raison de la rĂ©cession, les paliers gouvernementaux supĂ©rieurs doivent limiter les dĂ©gĂąts. Sâils sont bien conçus, les efforts de prĂ©vention du sans-abrisme peuvent ĂȘtre plus Ă©conomiques que des rĂ©ponses dâurgences postĂ©rieures.
Jâaimerais remercier Susan Falvo, Michel Laforge et Vincent St-Martin pour leur appui pendant la rĂ©daction de ce billet.
[1] Il est Ă©galement trĂšs important de continuer Ă adresser le sans-abrisme existant. Jâai Ă©crit Ă ce sujet ici (billet en anglais).
[2] Pour dâautres informations par rapport Ă la Mesure axĂ©e sur les conditions du marchĂ©, lisez ce billet (en anglais).

